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Publié sur Rue89 (http://www.rue89.com) « Danger grave et imminent » aux urgences de l’Hôtel-Dieu de Paris

Publié le lundi 20 juin 2011

By Dinah Vernant Created 06/20/2011 - 11:51

Aujourd’hui, les urgences du centre de la capitale n’ont plus les moyens d’assurer la sécurité des soins des patients. Les urgentistes menacent de se déclarer en « droit de retrait ». Même s’ils étaient réquisitionnés pour travailler, ce serait une première, d’une telle ampleur.

Alors que l’activité des urgences ne cesse d’augmenter, avec plus de 300 passages par jour et une fréquentation croissante de touristes, un poste de médecin titulaire et un poste de chef de clinique viennent d’être retirés et deux postes d’internes n’ont pas été pourvus, mettant en grande difficulté la continuité des soins.

Très récemment, et à la manière d’un couperet, les effectifs nécessaires aux gardes de radiologie et de chirurgie ont été supprimés autoritairement, faisant courir des risques quotidiens aux patients.

Comment imaginer qu’un service d’urgences fonctionne sans un chirurgien senior capable non seulement de donner un avis compétent mais également d’opérer sans délai certains cas intransférables ? De même, la présence d’un radiologue est vitale pour faire le diagnostic.

Récemment une femme de 28 ans, arrivée pour une grossesse extra-utérine rompue, n’a pu être sauvée que parce qu’un chirurgien, voisin, est venu in extremis bénévolement. Elle était intransportable.

Le coûteux déménagement du siège de l’administration

L’administration, à la manière d’un bulldozer, poursuit la réduction des moyens en personnels de ces urgences : ainsi, huit postes d’infirmières et d’aides-soignants doivent être retirés des effectifs dans les prochaines semaines.

Cette situation, conséquence des décisions prises par la directrice générale de l’AP-HP, Mireille Faugère [1], vise à asphyxier l’hôpital et ses personnels pour accélérer le transfert du siège administratif [2] à l’Hôtel-Dieu. L’AP-HP veut transformer un lieu de soins en un centre de recherche hospitalo-universitaire de santé publique, sans patients.

L’installation de l’administration de l’AP-HP en lieu et place des malades (sur une surface de 25 000 des 70 000 m2 de l’hôpital) permettra de vendre l’immeuble de l’avenue Victoria (IVe arrondissement de Paris) abritant actuellement son siège et de réaliser une opération immobilière.

Celle-ci serait paradoxalement assez peu rentable puisque la mairie de Paris a fait valoir un droit de préemption pour des logements sociaux, et parce que ce transfert nécessitera des travaux non encore chiffrés mais qui seront, de toutes façons, de plusieurs dizaines de millions d’euros.

L’Hôtel-Dieu, garant de l’accès aux soins pour tous

En raison de sa situation géographique centrale, l’Hôtel-Dieu est au carrefour de tous les transports publics d’Ile-de-France. Il est l’hôpital de premier recours, notamment pour les personnes âgées dont on sait la forte concentration dans les cinq premiers arrondissements de Paris, mais aussi pour tous ceux qui travaillent au centre de la capitale :
restaurants, grands magasins, administrations (préfecture, Palais de justice, l’Hôtel de Ville…)

Les soins offerts par cet établissement sont complémentaires de ceux prodigués par les autres établissements du groupe, notamment Cochin pour les pathologies médico-chirurgicales lourdes.

Il est, également, l’hôpital de premier recours pour les Parisiens du centre de la capitale présentant des pathologies « tout venant » qui n’ont pas leur place dans les services de hautes spécialités. A noter, toujours en raison de sa situation géographique, qu’il est également l’hôpital qui reçoit les touristes du monde entier et il est la vitrine de notre santé publique à la française.

Sans véritable réflexion sur le projet médical de cet hôpital emblématique, l’administration veut réduire l’offre de soins à :

un service d’urgence et un Smur isolés sans lits d’hospitalisation ; un service de radiologie, réduit au strict minimum ; un centre de consultations multidisciplinaire sans possibilité d’exploration complémentaire.

Un projet alternatif : L’Hôpital pour tous

Professionnels de santé, élus, usagers et habitants ont jugé cette proposition de soins dangereuse pour les malades, irréaliste et inhumaine et financièrement contestable.

En réaction, et face à ce danger imminent pour les patients et les personnels et parce qu’ils refusent de voir cet hôpital vidé de ses malades et transformé en bureaux administratifs, nous avons constitué, avec les habitants du centre de Paris, soutenus par les maires des quatre premiers arrondissements [3], l’association L’Hôpital pour tous [4]. Notre projet alternatif réaliste est que l’Hôtel-Dieu reste un centre de soin de proximité.

Ainsi par exigence de sécurité, les urgences doivent inclure un bloc opératoire opérationnel 24 heures sur 24, un laboratoire de biologie avec un médecin biologiste senior, ainsi qu’un plateau technique d’imagerie performant avec un radiologue. Des lits d’hospitalisations sont indispensables pour assurer l’aval des urgences.

Par logique économique et dans un souci de service rendu à la population francilienne, le service d’ophtalmologie et celui d’imagerie doivent aussi être maintenus à l’Hôtel-Dieu. Le service de radiologie, qui réalise 300 actes par jour, ainsi que celui d’ophtalmologie qui en réalise 60 000 par an, pourraient ainsi devenir les seuls centres de la capitale au tarif Sécurité sociale.

S’ils ne sont pas entendus, les urgentistes vont se déclarer « danger grave et imminent » au sens du code du travail, avec droit de retrait [5] des salariés de l’Hôtel-Dieu.

L’association L’Hôpital pour tous décide de mettre les soignants et les soignés au centre des décisions de santé. L’été sera chaud !

Dans mon quartier, les effets de la réduction des effectifs publics [7] Hôpital : « Je suis surpris quand un patient ne m’insulte pas » [8] Tous nos articles sur les hôpitaux [9] Le siège des Hôpitaux de Paris va déménager, AFP via Google Actu [2] Le blog de l’association Hôpital pour tous [4]

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