25 000 embauches pour la santé communautaire valent mieux que la technologie numérique du pouvoir ou des Gafa !

Publié le mercredi 29 avril 2020, par Franck Prouhet

La fin du confinement ne doit pas être synonyme d’une deuxième vague de Covid 19. Pour cela, tests et masques doivent être fournis en masse et gratuitement. L’Etat et sa politique d’austérité nous en ont privé cruellement. Il n’est pas sûr que les tests seront en nombre suffisant le 11 mai. Une partie de l’épidémie est silencieuse, alors tester tous les porteurs de Covid 19 et tracer leurs contacts est la condition d’un déconfinement sans nouvelle flambée épidémique.

Pour l’Etat et les Gafa (Google, Apple…), le traçage numérique est la solution du XXIe siècle. Une solution mauvaise pour nos libertés, mais surtout inefficace comme le montre l’échec du traçage numérique à Singapour. Sans parler des enjeux financiers et de pouvoir qui se cachent derrière nos données personnelles de santé. Big brother sanitaire, qui préfigure un Big brother sociétal.

Mais cette solution ne marchera pas. En France, 16 millions de personnes ne possèdent pas le smartphone nécessaire pour télécharger ce type d’application. Sans parler de ceux qui n’en ont pas les capacités. Souvent, les personnes les plus fragiles face au Covid ( personnes âgées, précaires…), qui sont les plus importantes à tester, comme le montre le redémarrage de l’épidémie à Singapour, parmi les travailleurs précaires du bâtiment, cloitrés en dortoirs. La technologie bluethooth amène aussi beaucoup de faux positifs. Proches, mais séparés par un mur léger ou une vitre ! Proches, mais masqués ! A Singapour la connectée, seule 10% de la population a téléchargé l’application, alors que selon l’étude d’Oxford University, il en faudrait 60% pour que l’outil soit efficace.

A la place du numérique, nous réaffirmons l’humain. A la place de la technique, nous réaffirmons la nécessité d’une prise en charge globale des patients Covid 19. A la place d’une santé centrée sur le soin et l’hôpital, la nécessité d’une politique de santé communautaire, dans les quartiers, les entreprises, les prisons, tous les lieux de vie, en clair un service public de santé de proximité, qui doit s’appuyer sur tous ceux qui sont déjà sur le terrain, mais en qui, en cette période d’épidémie, doit s’appuyer aussi sur des équipes de travailleurs de santé communautaires chargés de contacter les patients, de les informer, de retrouver leurs contacts. L’expérience des travailleurs de santé communautaire au Libéria en période d’Ebola ou à Haiti face au choléra après le séisme de 2009, nous montrent que cela est possible, bénéfique et efficace pour la santé, et jouit d’un fort soutien communautaire, ce qui manque cruellement à toutes les solutions verticales du marché ou de l’Etat.

Pour les besoins de l’hôpital, nous exigeons 120 000 embauches. Pourquoi ne pas y ajouter l’exigence de la formation et de l’embauche de 25 000 travailleurs de santé communautaire, dans le cadre d’un service public de santé de proximité, pour organiser la solidarité et le dépistage face au covid 19. L’Université John Hopkins estime les besoins à 3 à 5 personnes pour 10 000 habitants. Leur rôle ? La prévention : importance et accessibilité des gestes barrières ( fourniture de gel et de masques gratuits, point de lavage des mains), distribution de médicaments pour les plus malades, âgés ou livraison de nourriture pour les plus pauvres, les plus précaires (sans logis, immigrés en situation de précarité). La détection des signes de Covid 19 et le tracage des contacts pour mieux orienter vers les équipes médicales de test, le suivi épidémiologique dans le strict respect du secret médical et l’anonymisation des données. Le soutien : conseils, surveillance, moyens aux patients atteints de symptômes légers de Covid 19, confinés à domicile ou confinés volontairement dans les hôtels réquisitionnés pour l’occasion. Un travail en lien étroit avec tous les personnels de santé et du social (infirmiers, aide à domicile, médecins, psy, travailleurs sociaux, associations…). mais aussi en lien avec les municipalités et les autorités sanitaires, tout en gardant leur autonomie vis à vis d’elles, pour faire émerger les problèmes.

Cela suppose une formation rapide de qualité, la fourniture de matériel de protection, la garantie d’un suivi médical et psychologique, l’ouverture d’un registre national des cas de Covid 19 des soignants communautaires, mais aussi la garantie de statut et de revenu, le droit d’organisation (délégués, CHSCT virtuels). Ce dispositif ne peut se baser sur la précarité et l’abnégation ! En période de chômage, cela permettrait des milliers d’embauches en fonction des besoins, de jeunes qui n’ont pas de fragilité face au Covid, qui ont une bonne connaissance des communautés, puisqu’ils en feraient partie ou feraient partie de ses soutiens (langue, quartier, connaissance des modes de vie et d’interprétation, des lieux de pouvoir et d’oppression…). Le jour d’après, ils pourraient s’intégrer à une santé communautaire à bâtir, basée sur la prévention des autres épidémies que sont le diabète, la malbouffe… ou retrouver leur ancien emploi.

Ces propositions comportent beaucoup d’erreurs, mais elles tracent un autre chemin, qui doit être débattu par les syndicats, les associations, les citoyens. Comme autant de projets à mettre en place, dés maintenant, à l’échelle d’un quartier, d’une municipalité, d’une association, comme autant d’exigences que nous devons porter face au pouvoir.

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